La couleur qui n’existe pas

La couleur qui n’existe pas, n’a pas d’odeur.

Aucun son auquel s’accrocher.

Elle n’est pas.

J’ai beau chercher, je tourne en rond.

Elle m’échappe

Dans ma tête, je l’imagine.

Je lui donne tout ce que je ne connais pas.

Elle fuit et rit de mon désarroi.

Je tente de la saisir par des mots et des tubes de peinture.

La couleur qui n’existe pas se moque de moi.

Je n’ai plus qu’à l’inventer.

Crédit photo : Kat Med sur unsplah

Ode au silence

Rien n’est silencieux. Je ne connais pas ce silence opaque, noir où rien ne vibre.

Cette absence angoissante et vide

J’entends les âmes qui murmurent, les mots pensés et les gestes oubliés

J’entends les non-dits et les yeux qui parlent

Un tintamarre de silence

Le train sur l’affiche déboule à grande vitesse

Les écrits prennent vie

J’entends tout ce je vois.

Je vois tout ce que j’entends

Les couleurs ont un son, les images ont des mots

J’entends ce que tu ne dis pas.

J’entends le cris des oubliés, les larmes des joyeux et la tendresse des câlins,

J’entends quand je prends le temps d’écouter,

et même quand je ne veux pas.

La cacophonie envahit mon esprit.

Un peu de tout, un peu trop parfois.

Je m’éloigne de tout ce bruit qui ne bruisse pas

Je me retire dans mon silence où je me m’entends, moi

J’écoute alors le vent qui caresse les arbres et emporte ce qui ne m’appartient pas

J’écoute cette petite voix qui me chuchote des mots doux

J’écoute les étoiles qui pétillent dans la nuit et le soleil qui se réveille

Reposée, me voilà à nouveau, prête à écouter ton silence.

Crédit photo : Tyler Lastovich sur unsplah

Le double visage du silence

Je hais le silence qui muselle et capture l’essence de la femme.

Ce moule sans voix et sans nom. Tellement étroit. Il faut s’y glisser et surtout ne pas le casser.

Il traque les éclats de nos voix. Ces mots qu’il ne faut pas dire.

Réprobateur, accusateur.

Les yeux noirs, les sourcils froncés. Il dit : j’accuse. Je t’accuse d’être toi. J’accuse ta présence.

Un silence de la distance et des non-dits. Celui de l’ignorance qui fait mal. Celui qui dit, je t’ai oublié.

Un cri de haine pour blesser. Un poignard.

J’aime le silence qui parle plus que les mots. Cet espace qui bruisse de douces paroles.

Qui enveloppe comme le pull du fond du placard, usé tellement il a été porté. Qui a l’odeur de l’ancien et du réconfort.

Parce que c’est aussi ça le silence. L’écoute attentive. Le, je te vois et je te donne cet espace infini pour être toi.

Dans ce silence, je m’épanouis et je vis. Il m’est cher, car il vient de toi.

J’existe en étant moi. Je ne suis pas niée, je suis mise en avant.

Un geste de tendresse pour dire : je t’aime.

Le silence a un double visage. Je le hais, mais je l’aime aussi, tellement.

Crédit photo : Bruno van der Kraan sur unsplash

Autour du lit de mort

La pièce est dans la pénombre.

Ah, les voilà tous réunis. Quelle assemblée ! Dire qu’aucun n’est venu quand monsieur est tombé malade. Pourtant, ce soir, ils sont tous là.

Quelques bougies électriques éclairent la scène.

C’est madame qui doit se sentir bien seule.

La lumière tremblotante dessine des ombres sur les personnes en cercle.

Mon dieu, qu’est-ce que j’ai envie de bâiller. Je suis crevée. En sortant, j’irais m’acheter ce vernis que j’ai repéré hier. Il est vraiment pas mal, très gai. Parfait pour cet hiver.

Certaines se tiennent par la main, d’autre se prennent dans les bras.

J’espère que la tante Camille n’aura pas un sous, après tout elle n’a rien fait. Moi, j’étais occupée par mon travail, donc c’est normal. Mais elle, elle n’a rien d’autre à faire.

Une femme se tient seule, droite, le visage creux et sans émotion apparente.

Pourquoi sont-ils venus ? De vrais vautours assoiffés. Je suis fatiguée de ces faux-semblants, j’aimerais m’éloigner. Qu’ils me laissent tranquille loin de leur fausse sympathie.

Les bougies créent des formes étranges sur son visage. Des fantômes qui ont du mal à quitter cet espace de vie.

Pas mal ces petites loupiotes électriques, ça a son charme. Pas le risque que la baraque prenne feu. C’est serait bien drôle de voir la tête de ces zouaves si l’héritage partait en fumée. haha.

Le silence est calme.

Mais pourquoi est-ce Louis sourit comme ça. Ce n’est pas le moment voyons !

Quelques larmes glissent sans un bruit sur les joues.

C’est impressionnant cette capacité à prétendre. Comment fait-elle pour sortir des larmes ? Je n’y arrive pas. Et pourtant, j’ai des raisons de pleurer. Pas le vieux, ça, c’est sûr, mais avec Mathilde, c’est quand même super compliqué en ce moment.

Le silence doux et chaleureux est coupé par le tic-tac de l’horloge.

C’est un peu long quand même ce recueillement pour une personne que je ne connais pas. Mais pourquoi est-ce que je suis venu ? C’est vraiment pour Joseph. Pourtant, il ne m’a jamais parlé de ce grand-père.

Le temps avance inexorablement alors que celui de l’homme allongé au centre du cercle s’est fini il y a quelques jours. Finalement, on y arrivera tous à ce moment-là un jour ou l’autre.

Ah grand-mère donne le signe du départ. Enfin !

Crédit photo : Papaioannou Kostas sur unsplash