Instant sans vie

L’endroit un peu décati respire proprement l’ancien, la vieillesse mal vécue, un peu déchue.

La jeunesse s’est envolée. Elle est partie en lambeaux comme le papier peint. Marron éteint. Les fleurs sur les murs ont fané comme la propriétaire des lieux.

Le soleil a trop tapé au travers des vitres maintenant fermées.

La chaleur de fin de journée pèse dans l’appartement.

De la salle de bain, un chaud rayon de lumière s’échappe. Coquetterie, vestige d’un temps ancien où la musique faisait valser ses habitants.

Dans l’ombre du salon, un livre ouvert. Tombé de la bibliothèque ou laissé là au hasard de la lecture. Il semble perdu et bien seul.

Plus de visiteur, plus de lecteur, maintenant que l’habitante des lieux est sortie les pieds devant.

Crédit photo : Jonathan Stout sur unsplash

Et puis tout s’éclaire

Il y avait quelque chose d’hypnotique dans le flot de la cascade. Le grondement rythmait les battements de son cœur.

Dans le fond, il jouait de la guitare. Une enveloppe sonore toute douce qui accompagnait sa détente alors qu’elle se remettait de ses émotions.

Doucement, son souffle ralentissait et reprenait un rythme normal, le boum boum de son cœur se faisait de moins en moins fort.

Les croiser lui avait fait une belle peur.

Peut-être était ce dû à son imagination, aux histoires qu’on lui avait racontées. Mais elle avait couru en descendant la montagne. Les racines prenaient ses pieds aux pièges, les branches lui griffaient le visage et les bras. Pressée de s’éloigner de ces quatre hommes armés et habillés en treillis, elle avait continué sans baisser le rythme.

Elle ne pourrait les reconnaître.

La montée d’adrénaline causée par la rencontre avait obscurci sa vision et il ne lui restait qu’un souvenir flou du visage des hommes.

Assise au bord de la cascade, elle reprenait vie et le calme l’envahissait doucement.

Crédit photo : Jared Erondu sur unsplash

Je me suis perdue un samedi soir…

Je me suis perdue un samedi soir. L’air était doux et joyeux. Rires et chants parcouraient l’air environnant.

Au détour d’une rue éclairée, j’ai découvert le musée. La porte aux sculptures raffinées a attiré mon œil. Accueillante, elle s’ouvrait sur un monde de beautés délicieuses. Le prospectus de présentation promettait une visite haute en couleur. Une balade visuelle et sonore correspondant à mon humeur du soir. Légèreté et liberté.

Enthousiasmée et sans hésitation, je suis entrée dans ce décor étincelant et grandiose. Toute à ma découverte, je n’ai pas remarqué que la porte se refermait et que la serrure se verrouillait. Prisonnière sans le savoir.

Aux premiers pas, je me suis crue chanceuse d’avoir découvert ce paradis chaleureux.

Un musée sans aucun comparatif. Des milliers de superlatifs pourraient s’y appliquer. Les oiseaux volent au plafond. Leurs couleurs vives et chatoyantes filent tels des rubans de festival.

La musique a entraîné mes pas toujours plus loin dans les profondeurs de la bâtisse. Je danse et souris emportée dans l’élan festif.

Je me suis perdue dans le dédale des couloirs.

Un temps chatoyants, ils se sont transformés. Fascinée par ses artefacts artificiels, je me suis égarée.
Le guide semblait pourtant connaître son sujet. Quelle erreur ! Les faits sont erronés. Dates mal placées, explications confuses, rien n’est à sa place. Chaque objet se décompose sur mon passage.

Le musée ne contient plus que de la poussière de rire et des monuments de pleurs. Loin est le temps où, rutilant et fascinant, il étincelait.

Déambuler dans les allées n’a aujourd’hui de sens que pour nettoyer les éclats des vitrines brisées.

L’ambiance confinée est devenue oppressante et étouffante. Asphyxie totale. Le bâtiment craquèle et révèle ses fissures. Naguère si beau et si fier de son allure. Aujourd’hui, il est laid et nécessite de grandes restaurations.

Par je ne sais quel miracle, la porte s’ouvre.

L’arrêt dans ce musée infernal est terminé. À l‘extérieur, la lumière reprend ses droits. L’agitation et l’animation des alentours éblouissent par leur éclat. La tentation de revenir dans l’ombre connue est grande. Mais l’odeur nauséabonde de cette immense bâtisse m’en dissuade.

Je me suis perdue un samedi soir dans le musée de l’horreur et de la douleur.

Dimanche matin, il est temps de retrouver mon chemin. Je respire.

Crédit photo : Nathan Wright sur unsplash