Autour du lit de mort

La pièce est dans la pénombre.

Ah, les voilà tous réunis. Quelle assemblée ! Dire qu’aucun n’est venu quand monsieur est tombé malade. Pourtant, ce soir, ils sont tous là.

Quelques bougies électriques éclairent la scène.

C’est madame qui doit se sentir bien seule.

La lumière tremblotante dessine des ombres sur les personnes en cercle.

Mon dieu, qu’est-ce que j’ai envie de bâiller. Je suis crevée. En sortant, j’irais m’acheter ce vernis que j’ai repéré hier. Il est vraiment pas mal, très gai. Parfait pour cet hiver.

Certaines se tiennent par la main, d’autre se prennent dans les bras.

J’espère que la tante Camille n’aura pas un sous, après tout elle n’a rien fait. Moi, j’étais occupée par mon travail, donc c’est normal. Mais elle, elle n’a rien d’autre à faire.

Une femme se tient seule, droite, le visage creux et sans émotion apparente.

Pourquoi sont-ils venus ? De vrais vautours assoiffés. Je suis fatiguée de ces faux-semblants, j’aimerais m’éloigner. Qu’ils me laissent tranquille loin de leur fausse sympathie.

Les bougies créent des formes étranges sur son visage. Des fantômes qui ont du mal à quitter cet espace de vie.

Pas mal ces petites loupiotes électriques, ça a son charme. Pas le risque que la baraque prenne feu. C’est serait bien drôle de voir la tête de ces zouaves si l’héritage partait en fumée. haha.

Le silence est calme.

Mais pourquoi est-ce Louis sourit comme ça. Ce n’est pas le moment voyons !

Quelques larmes glissent sans un bruit sur les joues.

C’est impressionnant cette capacité à prétendre. Comment fait-elle pour sortir des larmes ? Je n’y arrive pas. Et pourtant, j’ai des raisons de pleurer. Pas le vieux, ça, c’est sûr, mais avec Mathilde, c’est quand même super compliqué en ce moment.

Le silence doux et chaleureux est coupé par le tic-tac de l’horloge.

C’est un peu long quand même ce recueillement pour une personne que je ne connais pas. Mais pourquoi est-ce que je suis venu ? C’est vraiment pour Joseph. Pourtant, il ne m’a jamais parlé de ce grand-père.

Le temps avance inexorablement alors que celui de l’homme allongé au centre du cercle s’est fini il y a quelques jours. Finalement, on y arrivera tous à ce moment-là un jour ou l’autre.

Ah grand-mère donne le signe du départ. Enfin !

Crédit photo : Papaioannou Kostas sur unsplash