Le double visage du silence

Je hais le silence qui muselle et capture l’essence de la femme.

Ce moule sans voix et sans nom. Tellement étroit. Il faut s’y glisser et surtout ne pas le casser.

Il traque les éclats de nos voix. Ces mots qu’il ne faut pas dire.

Réprobateur, accusateur.

Les yeux noirs, les sourcils froncés. Il dit : j’accuse. Je t’accuse d’être toi. J’accuse ta présence.

Un silence de la distance et des non-dits. Celui de l’ignorance qui fait mal. Celui qui dit, je t’ai oublié.

Un cri de haine pour blesser. Un poignard.

J’aime le silence qui parle plus que les mots. Cet espace qui bruisse de douces paroles.

Qui enveloppe comme le pull du fond du placard, usé tellement il a été porté. Qui a l’odeur de l’ancien et du réconfort.

Parce que c’est aussi ça le silence. L’écoute attentive. Le, je te vois et je te donne cet espace infini pour être toi.

Dans ce silence, je m’épanouis et je vis. Il m’est cher, car il vient de toi.

J’existe en étant moi. Je ne suis pas niée, je suis mise en avant.

Un geste de tendresse pour dire : je t’aime.

Le silence a un double visage. Je le hais, mais je l’aime aussi, tellement.

Crédit photo : Bruno van der Kraan sur unsplash