Lettre à Zélie – Vendredi 9h40

Sa routine la maintient dans un semblant d’activité.

Sur son meuble, quelques photos d’enfants et de jeunes adultes. Rien n’est abîmé ou dérangé. Tout respire la propreté et la respectabilité. Un léger parfum d’ylang-ylang flotte dans l’air. Une fantaisie dans cet endroit vide, sans âme. Le silence occupe l’espace. Pesant et lourd.

Zélie jette un coup d’œil à son reflet dans le grand miroir de l’entrée. Avec sa taille de géant, du sol au plafond, et ses dorures, il en jette. Vestige d’une époque fastueuse et clinquante. Avec un petit sourire satisfait, elle saisit son sac. Aujourd’hui, elle opte pour le rouge. Elle se sent d’humeur festive.

9h40. Elle est dans les temps.

9h41. Elle ouvre la porte et manque de marcher sur la lettre posée sur son paillasson. Non affranchie, elle porte uniquement son prénom : Zélie. Une belle écriture un peu pressée. Ses genoux grincent alors qu’elle saisit avec surprise le document. Depuis quelques années, les factures et prospectus commerciaux sont les seuls messages du monde extérieur qu’elle reçoit. Avec nostalgie, elle pense à l’époque où elle était plus sollicitée.

9h42. Elle ne peut et ne veut pas se mettre en retard pour un courrier. Le glissant dans son sac, elle se dirige vers l’ascenseur. Alors qu’il l’emporte vers les étages inférieurs, la curiosité l’emporte sur son obligation personnelle d’horaire.

«Ce mot pour te signaler que je t’aime. Signé : tu sais qui. »

L’ascenseur s’immobilise à destination. Une mèche de cheveux s’échappe du chignon de Zélie. Par quel mystère ? Serré, épinglé et laqué, ce chignon n’autorise aucun débordement.

Son cœur bat la chamade alors qu’elle se dirige vers l’Annexe, le bar de la place des Cocotiers où elle a ses habitudes. Les sourcils froncés, les pensées se disputent dans son esprit chamboulé. Ce matin, elle ne fait pas attention au militaire unijambiste. Habituellement, elle aime l’observer derrière ses lunettes de soleil noires. Ce n’est pas parce qu’elle s’est enfermée volontairement dans une solitude d’ermite qu’elle se refuse aux plaisirs de la chair.

Son sac avec la lettre cogne agacé contre sa hanche.

Crédit photo : Eder Poso Pérez sur unsplash

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