Le buffet

par Clemence
Le buffet

C’est la fatigue qui me ferme les yeux. Pourtant, un œil doit rester ouvert. Dans le large buffet, se trouve la réponse. Sculpté dans le marbre, le chêne sombre a pris racine. Datant d’une époque révolue, ce très vieux machin a réapparu à la surprise générale. Il a pris cet aspect décati et cet air si bon des vieilles gens.

Bref, je m’égare.

Les yeux piquent et contrairement au buffet qui est ouvert, cet ami saugrenu et biscornu verse son grain de sable qui enraye les rouages. Dans son ombre, le monstre de nos nuits débarque comme un flot de vin vieux. Une piquette qui arrache le gosier avec des parfums peu engageants. Une attaque sensorielle en bonne et due forme.

Les yeux tout plein de bleus, c’est l’âme qui vague vers un fouillis de vieilles vieilleries. Douloureuses, sans nom. Une friperie faite de linge du passé, des regrets odorants et des choix jaunes de tristesse, de chiffons oubliés dans les recoins de la mémoire. Derrière les paupières et dans le noir de l’esprit, une farandole de femmes ou d’enfants, je ne sais plus trop, se battent pour des dentelles flétries, des déchirures du cœur et de fichus moments de rire.

De l’enfance, ce ne sont que des fragments d’épisode qui restent. Où sont peints les souvenirs ? Cerveau droit ou cerveau gauche ? La différence, est-elle essentielle ? Après tout, est-ce que les griffons n’apporteraient pas la réponse ? Ou mieux, la lettre de Poudlard ?

Le sommeil. Un rêve ? La réalité ?

À quel niveau suis-je ? Est-ce là entre les brumes de la nuit qu’on trouve les réponses aux questions du jour ? Les fragments du médaillon de la conscience, les mèches du réel forment un ensemble qui prend vie sous les étoiles de la nuit.

L’œil se referme. L’esprit se perd parmi la tête de cheveux blancs ou blonds. Un regard sur les portraits. L’avancée en enfer continue. Les fleurs sèches sur les peintures craquelées tombent et tourbillonnent. Elles crissent sous mes pas silencieux.

Où suis-je ? Rêve ? Réalité ?

Une panique dont je ne saisis pas l’origine remonte le long de ma colonne vertébrale. Le parfum rance de la vieille bâtisse se mêle à des parfums de fruits. Amers. Ô, il est grand temps de sortir. J’ouvre la porte du buffet en même temps que les yeux. Un cauchemar du vieux temps.

Tu sais bien que la nuit noire raconte des histoires à dormir debout. Et quand bien même tu voudrais l’éviter et conter tes contes, tu bruis de peur quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

Texte écrit à partir du poème d’Arthur Rimbaud, Le Buffet.

Reprendre les mots dans le même ordre et y intercaler les miens pour m’approprier le texte. Un super exercice à faire pour se laisser porter par l’écriture et l’imagination.

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

– O buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

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