Oser m’exprimer ou comment j’ai posé mes limites

par Clemence

Les yeux scotchés à mon ordinateur, je n’en reviens pas du mail que je viens de recevoir.

« Justement, c’est le but. »

Évidemment dit comme ça, ce n’est pas très parlant. Donnons un peu de contexte.

Je suis ingénieure commerciale en informatique. Une femme dans un monde majoritairement masculin. Des remarques ambiguës voire un peu déplacées, j’en ai eu. Des propositions à aller boire un verre, ça fait partie des inconvénients du métier (ou pas ;p).

Avec le sourire ou simplement en ignorant, j’ai toujours géré. Pas la peine de partir en vrille ou de se braquer direct. Après tout, ce n’est pas toujours évident de se lancer, donc autant être sympa dans les réponses (tant que la demande reste correcte).

Mais dans le cas présent, cela n’a pas suffi. Comment réagir ?

Un échange dont je me passerais bien.

C’est un client qui m’a envoyé ce mail. Suite à plusieurs années de démarchage, l’entreprise m’a fait confiance à moi et à l’équipe d’ingénierie pour la rédaction d’un cahier des charges. Après un an de suivi régulier, le projet est finalisé et validé. Aujourd’hui, une nouvelle consultation est lancée pour le pilotage du projet. Nous sommes bien sur positionnés.

Avec un collègue technique, nous revenons d’une réunion pour qualifier la suite de sa demande. Après un débrief interne, j’envoie à mon contact quelques questions dont les réponses nous permettrons d’affiner notre réponse commerciale.

Très vite, j’ai un retour avec les informations attendues. En post-scriptum, un petit mot avec une note beaucoup plus personnelle : une invitation à aller boire un verre ou faire une randonnée.

Aie ! La situation que je n’aime pas.

Il va falloir être suffisamment ferme pour casser toute ardeur et en même temps être diplomate pour ne pas saboter le dossier en cours.

Être claire dans ma réponse,

Dans un premier temps, je décide d’ignorer le message étant donné qu’il est en bas de mail. Il comprendra de lui-même que je ne suis pas intéressée. Ah non ! Pas du tout. Quelques minutes plus tard, suite à ma réponse de remerciement, j’ai un mail très clair : « As-tu vu mon mot en fin de mail ? »

Plus moyen d’esquiver. En quelques lignes, je lui fais comprendre que je ne suis pas intéressée : « Je ne mélange pas le pro et le perso. Bonne fin de journée. »

Dernier mail de la journée. Je ferme l’ordinateur et rentre chez moi prête à laisser cette histoire derrière moi.

Le lendemain matin, surprise. Ma réponse standard, qui a pourtant fait ses preuves, ne l’a pas découragé.

« Justement, c’est le but. »

Ma première réaction est de ne pas répondre et de faire comme si de rien n’était. Je suis malgré tout un peu mal à l’aise. Un collègue à qui j’en parle, me fait comprendre le message subliminal : si je veux gagner mon dossier, il va falloir accepter. Ce n’est pas du tout mon délire. Je ne suis pas attirée et ce n’est pas ma façon de fonctionner. Donc non.

Écouter mon ressenti,

Un peu décontenancée quant à la réaction à tenir, j’en parle à mon management qui sort des blagues bien grasses. Je suis mal à l’aise et en colère. Je suis vue comme un bout de viande.

Il semble normal pour tout le monde que je reçoive ce genre d’e-mail. Ça en serait presque drôle. Je ne suis pas d’accord.

Que faire ? Rien ?  C’est ce qu’on me dit : « Allez, laisse tomber, ça ne sert à rien. » , « Pense à ton dossier. » Je les écoute et étouffe cette petite voix intérieure qui me dit de réagir. Mais clairement, je ne suis pas alignée. Moi qui défends les valeurs d’entraide et de féminité, ça ne colle pas.

Une discussion avec une autre collègue me remet sur les rails. Je décide d’appeler le manager de mon contact et l’informer de la situation. Par correction, j’en informe mes responsables. Nous risquons d’avoir un retour de bâton sur le dossier en cours.

Suivre mon intuition,

Après quelques essais infructueux, j’obtiens mon rendez-vous. J’y vais un peu tremblante. N’aimant pas particulièrement le conflit, je suis stressée. Comment va-t-il réagir ?

« Si je dois gagner ce dossier, c’est pour mes compétences et celles de mon équipe, si nous devons perdre, c’est parce que le concurrent a fait une meilleure offre. Et non pas parce que j’aurais accepté ou refusé d’aller boire un verre avec un des membres décisionnaires du projet ».

Ce sont à peu près les mots que j’ai utilisés, mails à l’appui.

Il est choqué que son subalterne m’ait envoyé ce genre de messages et surtout qu’il l’ait fait depuis sa boite mail pro. Il s’engage à lui parler et à ce qu’on ne soit plus en contact. Mon corps se délie, le poids qui pesait sur ma poitrine vient de s’envoler.

Je me sens légère alors que je regagne ma voiture. J’ai agi en lien avec mes convictions, en me respectant et sans agressivité.

Pour gagner en légèreté.

Au final, nous n’avons pas gagné le dossier. Est-ce pour cette raison ? Mon intuition me dit que oui, surtout en entendant les explications.

Est-ce que je regrette pour autant d’être allé m’exprimer ? Non, certainement pas. Aucun dossier, rien ne peut justifier que je n’agisse pas selon mes convictions profondes.

J’ai failli me taire et ne rien faire n’ayant pas le soutien attendu de ma direction et par peur de perdre un contrat (pour en savoir plus sur ma technique pour apprivoiser ma peur). Malgré tout, j’ai agi, perdu mon dossier, mais au final, je suis très fière d’être allée au bout de ma démarche et de m’être respectée.

🌺 Il est possible et même nécessaire d’agir en suivant ses convictions et pour soi dans un cadre professionnel sans forcément être vindicative ou agressive (d’ailleurs ça a plus de poids). Nous ne sommes pas pour autant décrédibilisée et mise de côté par la suite.

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