Cet étrange couple rose et jaune

Dans la nuit noire et ventée, une femme masquée court devant la gare. Sa robe rose pâle claque contre ses jambes nues et bleuies par le froid. Trop fin, son vêtement n’offre qu’une protection illusoire contre les bourrasques.

Derrière elle, émaciée et hautaine, la girafe trottine. Dominant le monde, elle lui donne les instructions pour se diriger. « Quel drôle d’animal de compagnie », pensent les voyageurs, éberlués devant cet étrange couple.

De stupeur, une mère en lâche le biberon qu’elle tentait de donner à son fils.

À sa droite, le monsieur à moustache et au chapeau melon n’a rien vu. Il poursuit précipitamment son chemin et, sans faire attention, glisse sur la brosse à dents tombée du grand sac informe accroché autour du cou de la girafe. « Saperlipopette ! » Le voilà les quatre fers en l’air à rouspéter.

Le binôme s’arrête net dans sa course. « Mon amour, récupère vite ton ustensile, le théâtre n’attend pas », crie la femme frigorifiée.

De la gare à la cathédrale, il est impossible de ne pas les voir. Cet étrange couple rose et jaune détonne dans la nuit noire.

Crédit photo : Kelli McClintock sur unsplash

Mystère et ambiance feutrée

Il fait nuit. Noire et opaque. Personne aux alentours.

Sur le quai de la gare, Mme Phare est seule. Elle avance à petits pas pressés pour se réchauffer. Soudain, elle trébuche. Telle une liane, elle ondule doucement avant de s’échouer au pied du lampadaire.

Pas un bruit dans le brouillard. Rien que le silence. L’ambiance feutrée garde le mystère de la chute.

Comme pour échapper à la lumière inquisitrice du lampadaire, une graine sauvage s’enfuit en roulant vers la pénombre. Sur les rails.

Dans un fracas assourdissant et dans une débauche de lumière, le train arrive et déchire avec une violente douceur la coquille.

Mme Phare souri. La coupable a péri.

Crédit photo : Jules Nehlig sur unsplash

Amèrement fruité

À travers la vitre, elle contemple la froide et pluvieuse nuit.

Amère, elle a vu rouge. Tout éveil à la lumière apporte son lot de noirceur, pense-t-elle.

Est-ce que cela justifie son acte ? Serait-ce une explication ?

Le bureau est plongé dans le noir. Seule la blancheur des mots du néon d’en face éclaire la scène. Dans cette froide lumière, la cerise sur le gâteau se retourne et regarde son œuvre.

Du tiroir à double fond s’évadent des gouttes.

Sans bruit, elles roulent, glissent et s’écrasent en une flaque au goût de fraise rouge.

Crédit photo : Kobby Mendez sur unsplash