Le masque

Effacée. Discrète. Autant de mots et de cadres attribués. À tort ? À raison ?

Elle ne fait pas de bruit. À pas menus, elle est entrée.

Un masque de politesse et de convenance devant une envie de briller et de crier.

Un sourire attendu pour briser les ailes des rêves.

Qui pourrait deviner ce qui se cache derrière la belle enveloppe des apparences.

On ne voit que la coquille, celle dessinée par les envies et les attentes de chacun.

Solitude dans la foule agitée du bal masqué.

Attentive, elle se cache dans ce masque qu’on lui a posé.

Un pantin de la société ?

Ou bien une joueuse habile ?

Les pensées tournent et s’envolent. Elles écorchent les barreaux de la prison.

Le masque se fissure et la fausse douceur glisse. La bienséance d’apparat révèle bien plus que des idées frivoles.

Crédit photo : Priscilla Du Preez sur unsplash

Instant sans vie

L’endroit un peu décati respire proprement l’ancien, la vieillesse mal vécue, un peu déchue.

La jeunesse s’est envolée. Elle est partie en lambeaux comme le papier peint. Marron éteint. Les fleurs sur les murs ont fané comme la propriétaire des lieux.

Le soleil a trop tapé au travers des vitres maintenant fermées.

La chaleur de fin de journée pèse dans l’appartement.

De la salle de bain, un chaud rayon de lumière s’échappe. Coquetterie, vestige d’un temps ancien où la musique faisait valser ses habitants.

Dans l’ombre du salon, un livre ouvert. Tombé de la bibliothèque ou laissé là au hasard de la lecture. Il semble perdu et bien seul.

Plus de visiteur, plus de lecteur, maintenant que l’habitante des lieux est sortie les pieds devant.

Crédit photo : Jonathan Stout sur unsplash

Et puis tout s’éclaire

Il y avait quelque chose d’hypnotique dans le flot de la cascade. Le grondement rythmait les battements de son cœur.

Dans le fond, il jouait de la guitare. Une enveloppe sonore toute douce qui accompagnait sa détente alors qu’elle se remettait de ses émotions.

Doucement, son souffle ralentissait et reprenait un rythme normal, le boum boum de son cœur se faisait de moins en moins fort.

Les croiser lui avait fait une belle peur.

Peut-être était ce dû à son imagination, aux histoires qu’on lui avait racontées. Mais elle avait couru en descendant la montagne. Les racines prenaient ses pieds aux pièges, les branches lui griffaient le visage et les bras. Pressée de s’éloigner de ces quatre hommes armés et habillés en treillis, elle avait continué sans baisser le rythme.

Elle ne pourrait les reconnaître.

La montée d’adrénaline causée par la rencontre avait obscurci sa vision et il ne lui restait qu’un souvenir flou du visage des hommes.

Assise au bord de la cascade, elle reprenait vie et le calme l’envahissait doucement.

Crédit photo : Jared Erondu sur unsplash